Biodiversité & Territoires


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Rambouillet fait son patrimoine : de l’agroécologie à la Bergerie Nationale !

7ab8af776aEn ces journées européennes du patrimoine 2014, la bergerie nationale de Rambouillet a ouvert ses portes afin de présenter son histoire, ses pratiques ancestrales, ses nouvelles orientations innovantes et durables en matière de productions agricoles.

Démonstrations et visites techniques de la ferme en lien avec son environnement, activités pour les petits, découvertes des animaux de la ferme, village d’exposants présentant leurs activités autour de la biodiversité, tout était prévu pour accueillir dans la bonne humeur les visiteurs et leur faire découvrir l’agroécologie, son rôle dans la préservation des ressources naturelles et son incidence en terme de biodiversité. Quelques images pour vous illustrer cet après-midi à la campagne.

Amorcer la transition des pratiques agricoles vers un modèle durable grâce à l’agroécologie

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

L’agroécologie est une démarche née vers 1930 dans la communauté scientifique mais qui connait véritablement un essor plus général depuis les années 80. Elle cherche à développer une agriculture durable, permettant une production qualitativement et quantitativement en phase avec les besoins alimentaires tout en respectant l’environnement (source INRA). De multiples définitions, plus ou moins restrictives, existent : science de l’application de concepts et de principes de l’écologie pour la conception et la gestion de systèmes alimentaires durables (Gliessman 2007), ou étude intégrée de l’écologie du système alimentaire complet prenant en compte les dimensions écologiques, économiques, sociales, et politiques (Francis et al. 2003). Mais quelque soit la définition que l’on souhaite retenir, l’agroécologie s’appuie sur :

  • une meilleure compréhension des interactions et régulations biotiques (entre plantes et microorganismes, entre plantes et plantes, entre plante et animaux) ;
  • sur la production de systèmes de cultures innovants multifonctionnels ;
  • sur la minimisation des intrants (engrais de synthèse, pesticides).

L’agroécologie n’est pas que l’affaire des scientifiques et des chercheurs (socio-économistes, géographes, agronomes, écologues, zoologues etc.). Elle est prise en main par des mouvements environnementalistes, sociaux, politiques réunis autour de l’idée d’une agriculture durable pour un développement rural. Elle se développe aussi sur le terrain aux travers de l’application de techniques culturales issues de savoirs ancestraux.

Une video très intéressante (La diversité des approches de l’agroécologie) explique parfaitement les enjeux et les atoûts de l’agroécologie (interactions plantes-champignons, plantes-plantes, plantes-bactéries, protection intégrée et préservation des fonctions écologiques) ainsi que la diversité de ses applications (agroforesterie, polyculture-élevage, agriculture de conservation etc.)

L’agroécologie à la Bergerie Nationale

L’activité agricole de la Bergerie Nationale est composée d’élevage (60 vaches laitières, brebis romanes et mérinos, volailles) et de production végétale (céréales, fourrages) destinée à l’alimentation animale. Afin de répondre aux enjeux de l’agroécologie, différentes actions de dimensions environnementale, économique et sociale ont été mises en place :

  • Les actions environnementales : développement du mode de production biologique en élevage de volailles, valorisation des herbages (semés et non semées) par l’augmentation du temps de pâturage des bovins et ovins, entretien par le pâturage des espaces prairiaux du château de Rambouillet, réduction de l’usage des phytosanitaires, utilisation de la traction animale, conservation d’espèces animales (ovins, équins), diminution de l’allaitement artificiel, reboisement et aménagements de haies etc. ;
  • Les actions sociales : développement de la vente directe au consommateurs, valorisation des ressources territoriales etc.
  • Les actions économiques : autonomie fourragère pour l’ensemble des animaux, autonomie en concentrés et céréales, développement des circuits courts etc.

Pédagogie, circuits-courts, et métiers de l’agriculture

Ces journées du patrimoine sont un autre exemple d’action sociale : l’éducation et la sensibilisation du public (enfants, adultes) mises en oeuvre de multiples manières :

  • grâce à des visites techniques organisées sur différentes problématiques : la découverte du projet agroécologique de la ferme, la présentation de la gestion paysagère des anciennes chasses présidentielles, le rôle joué par la biodiversité et les pollinisateurs en agriculture, la reproduction des vaches laitières, la préservation de la ressource en eau, ou encore l’organisation et le fonctionnement d’un élevage de poules pondeuses ;
  • grâce à un itinéraire moins technique et libre pour découvrir la biodiversité domestique (caprins, bovins, équins, porcins, volailles et lapins) ;
  • grâce à des activités récréatives pour les plus jeunes (balades en calèches, manèges) ;
  • grâce à la promotion d’initiatives locale et nationale et un marché d’exposants ;
  • par la présentation de métiers du monde agricole (ex : berger).

La particularité de la Bergerie Nationale de Rambouillet : son troupeau de Mérinos et sa mission conservatoire

Originaire d’Afrique du Nord, cette race s’installa en Espagne au Moyen Âge suite à l’invasion mauresque et fit du Royaume d’Espagne le seul pays producteur et exportateur de laine fine jusqu’au milieu du 18ème siècle. L’Espagne détenait le monopole sur cette matière première utilisée pour les vêtements et le linge de maison. Afin de s’affranchir de cette dépendance très coûteuse, le Roi de France (Louis XVI) souhaita localiser en France la production de cette laine de haute qualité. Après de multiples essais d’acclimatation réalisés sur des individus importés d’Espagne en contrebande, un troupeau officiel de 383 animaux issus de 10 élevages espagnols renommés fit route 6 mois durant jusqu’à son arrivée le 12 octobre 1786 à la Ferme Modèle de Rambouillet. Cette race a durant tout le XIXe siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale, largement contribué dans le monde à l’amélioration des troupeaux des principaux pays producteurs de laine. Plus spécifiquement, le troupeau de Rambouillet a été, à partir du XVIIIe siècle, le grand améliorateur des troupeaux français. Il a largement contribué, entre 1850 et 1930, à la formation et à l’amélioration des troupeaux des grandes zones productrices de laine comme l’Australie, l’Amérique Latine et l’Europe de l’Est. Contrairement à l’Espagne qui a multiplié les croisements de Mérinos avec d’autres races, la France a su conserver son troupeau intact (élevage fermé dans une consanguinité strictement contrôlée). Ainsi, fort de ses 150 brebis et 25 béliers, le troupeau de Rambouillet est aujourd’hui le dernier représentant de la race mérinos dans le monde et le descendant de celui qui s’y est installé sous Louis XVI le 12 octobre 1786 : il fait aujourd’hui l’objet d’une gestion conservatoire et sert de modèle pour la gestion de la consanguinité des animaux d’élevage (observée notamment chez les bovins Prim’Holstein).

Si cet article vous a donné envie de visiter ce site historique, RDV en septembre 2015 pour les prochaines journées européennes du patrimoine ou bien lors des nombreuses manifestations organisées tout au long de l’année. Pour plus d’informations sur les produits vendus, l’activité de la bergerie et le calendrier des manifestations , cliquez ici 🙂

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