Biodiversité & Territoires


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Ecoquartier, dessine-moi ta biodiversité !

Ecoquartiers, quartiers durables : on ne sait quel terme utiliser et il y a parfois confusion entre les deux (Boutaud 2009). Cependant, l’idée est là :  « appliquer, préserver et développer (…) l’ensemble des principes environnementaux, sociaux et économiques de développement durable (…) » (Boutaud 2009). Les écoquartiers poussent comme des champignons dans nos villes. De quoi réjouir les écolos, déjà convaincus que l’écologie doit imprégner les consciences des urbains et leur permettre de repenser leurs modes de vie. Les premiers prototypes, à vocation expérimentale, sont apparus en Europe du Nord dans les années 90 (Souami 2011), en Suède à Malmö (quartier Bo01 sur la façade maritime de l’Øresund) et à Stockholm  (quartier Hammarby Sjöstad au bord du canal de Hammarbyleden) mais aussi en Allemagne à Hanovre (quartier Krönsberg construit sur une zone agricole périurbaine) où encore à Fribourg-en-Brisgau (quartier Vauban).

En France, c’est au début des années 2000 que de nouveaux projets urbains de ce type voient le jour (Vincent Renault, 2014 – fabrication et usage des eco-quartiers), notamment à Grenoble, (ZAC de Bonne lauréat du « Grand prix national de l’écoquartier exemplaire », MEEDDAT, 2009).

Mais nos écoquartiers actuels sont-ils vraiment écolos ? Difficile de répondre à cette question tant ces projets s’inscrivent dans des contextes territoriaux différents et tant les paramètres à prendre en compte et les acteurs impliqués sont nombreux, en phases de planification, de construction et d’exploitation (choix architecturaux des bâtis, choix de matériaux biosourcés, gestion des déchets et recyclage lors de la phase de construction et d’exploitation, limitation des pollutions sonores, aériennes, des sols et des eaux, récupération des eaux de pluie, autonomie énergétiques des bâtiments, mobilité douce, développement de lien social etc.). La réussite d’un écoquartier n’est pas qu’une question d’économie d’énergie ou de gestion des déchets. En témoignent plusieurs articles de presse parus en 2010, 2011 et 2013, respectivement sur le quartier Bo01 parus dans TerraEco (A Malmö, des écolos malgré eux), Basta! (Vauban, l’écoquartier du futur écologiquement exemplaire, mais socialement discutable) et dans la page monde du Télégramme en 2013 (Malmö, un modèle durable suédois) qui soulignent certains manquements : un mode de vie énergivore, l’absence de mixité sociale ou encore une méconnaissance par les habitants eux-même de la démarche écologique du quartier et donc une implication individuelle limitée pour revoir son mode de vie.. Ces articles mettent également en lumière l’intérêt de disposer d’un système modulable pour évaluer la qualité des projets en phase de planification, de construction et d’exploitation.

En France, le label national Ecoquartier lancé en décembre 2012 par le Ministère du logement et de l’égalité des territoires doit permettre, en théorie, de mieux s’y retrouver en encourageant, accompagnant et valorisant les projets écoquartiers et en en distinguant leur exemplarité environnementale : 20 engagements (soutenus chacun par un indicateur et un critère d’évaluation de la démarche) sont définis pour encadrer l’obtention du label. Une méthode nationale d’évaluation des écoquartiers labellisés couvrant ces 20 mêmes engagements est actuellement à l’étude (les premiers résultats sont attendus en 2015, Ministère du logement et de l’égalité des territoires).

Mais qu’en est-il de la place donnée à la biodiversité ? Elle figure bien parmi les engagements de la Charte des écoquartiers -ce document témoigne de l’engagement de la collectivité et de partenaires qu’elle souhaite associer (aménageurs, etc.) dans la démarche développement durable. Ceux-ci bénéficient ainsi d’un accompagnement technique et méthodologique par les services de l’Etat et la mise à disposition d’experts, en particulier pour constituer le dossier de labellisation (source Ministère du logement et de l’égalité des territoires). Elle occupe néanmoins la vingtième et dernière position :-(.

Le contenu de ce point biodiversité nous semble pour le moins sommaire. Le seul indicateur pour mesurer la place accordée à la biodiversité est quantitatif. Il s’agit du pourcentage totale de surface végétalisée (sol et toiture). Aucun critère qualitatif de la biodiversité souhaitée et des techniques à privilégiée n’est recommandée. De même l’évaluation de la prise en compte de la biodiversité dans le projet est restreinte à 3 points : la réalisation d’un inventaire spécifique de la biodiversité de l’EcoQuartier, l’association d’un spécialiste de la biodiversité en phase de conception de l’EcoQuartier et enfin, la mise en place d’habitats spécifiques (ruches, hôtels à insectes…) . Si ces trois points sont nécessaires pour que le projet soit évalué de façon pertinente, ils ne sont pas suffisants pour que l’évaluation soit rigoureusement menée. Quid de l’intégration aux trames verte, bleue et brune (sol), de la fonctionnalité des écosystèmes urbains à différentes échelles spatiales et temporelles, des choix variétaux, des gestions envisagées en phase d’exploitation, de la place accordée aux espèces sauvages ? Aucun indicateur ni critère d’évaluation des impacts en phase de construction sur la biodiversité ne sont mentionnés (impacts directs et indirects). De multiples questions se posent : les acteurs impliqués ont-ils intégré la biodiversité dans leurs stratégies d’entreprise ou de fonctionnement ? Les choix variétaux sont-ils pertinents ? Aucun critère méthodologique n’étant mentionné dans les documents cités précédemment, il est à craindre que la marge de manoeuvre laissée aux concepteurs de ces écoquartiers laisse filtrer des projets peu ambitieux en terme de biodiversité.

Concertation autour de l’écoquartier-Rueil TV

Si vous voulez en savoir plus sur les écoquartiers, les sources d’informations en ligne sont nombreuses. En voici quelques unes qui témoignent de l’engouement pour cette question :

 

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