Biodiversité & Territoires


Poster un commentaire

L’adoption de pratiques agricoles favorables à la biodiversité ? Pourquoi ça passe … ou pas. Revue d’experts (volet 3)

Les deux premiers articles de notre revue d’experts nous ont permis de comprendre la nature des effets de l’agriculture sur la biodiversité et de montrer que la biodiversité peut avoir des effets bénéfiques sur des services écologiques utilisés par les exploitants agricoles dans le cadre de leur activité. Deux questions de taille demeurent : quelles pratiques agricoles sont à développer pour valoriser la biodiversité des agroécosystèmes ? Comment les mettre en oeuvre sur le terrain ? Deux questions complexes car pour y répondre, il s’agit de se replacer dans les réalités des exploitations agricoles et des agriculteurs et de comprendre les facteurs qui déterminent l’adoption ou non de mesures pour la protection de l’environnement.

Les Facteurs techniques

Ils portent sur les pratiques d’organisation et de gestion de l’exploitation. L’adoption de pratiques en faveur de la biodiversité peut porter sur la conduite des champs et des troupeaux et les modes de gestion des espaces interstitiels (bords de champs, ruisseaux, fossés, haies …).

  • COMMENT AGIR ?
    • par la désintensification : elle consiste en (i) une diminution de la quantité d’intrants utilisés, (ii) une diminution de capital fixe par hectare (= bâtiments, matériel), (iii) une valorisation des services des écosystèmes, savoirs et connaissances scientifiques et traditionnels.
    • par la diversification des productions : elle est permet l’acquisition de techniques supplémentaires plus diversifiées mais nécessite une réorganisation du travail. L’agriculteur ne se focalise plus sur les cultures et espèces très productives qui permettent de faire les plus fortes marges.
    • par la gestion des éléments « non productifs » (= qui ne servent pas directement à la production agricole). Elle consiste en (i) une réorganisation du parcellaire  (taille, forme, regroupement) qui doit rester compatible avec la mécanisation des opérations culturales et la taille du matériel utilisé ; (ii) une redistribution des activités au sein des parcelles, organisée selon le degré d’intervention humaine nécessaire (des pâtures proches des bâtiments mais des cultures nécessitant peu d’intervention plus éloignées).
  • ET POURQUOI NON ALORS ?
    • à l’échelle de la parcelle agricole, les agriculteurs doivent maitriser de nouvelles techniques favorables à la biodiversité, de nouveaux savoirs et faire coïncider ces changements techniques avec les objectifs et les spécificités des exploitations. Les difficultés auxquelles font face les agriculteurs sont donc une nouvelle organisation du travail (plus de temps à allouer aux nouvelles pratiques agricoles), la nécessité d’investir dans un nouvel équipement, la structuration spatiale de l’exploitation à repenser (taille des parcelles, installation de haies etc.) ;
    • à l’échelle de l’exploitation, l’organisation territoriale des activités agricoles s’en trouve changée ce qui nécessite de planifier une nouvelle organisation technique (localisation des troupeaux et des clôtures, répartitions des systèmes de cultures, des haies, des points d’eau etc.).

 

Les Facteurs économiques et la rentabilité des solutions alternatives

Les auteurs de l’expertise ont fait le constat qu’il existe aujourd’hui peu d’études faisant part de la mise en place de nouveaux systèmes de productions, conciliant préservation de la biodiversité et efficience économique des exploitations (hors production AOC et conversion en bio). Ce constat est lié à l’adoption encore trop ponctuelle des pratiques agricoles écologiques par les exploitants. En effet, les pressions actuellement exercées par les filières de l’agroalimentaires et de la Grande Distribution sur les agriculteurs les contraignent à adopter des modes de conduite intensifs de leurs cultures, pour fournir des produits en grande quantité, calibrés, sans tâches, uniformes, issues de variétés supportant le transport et à croissance rapide, ce qui maintient ceux-ci dans une logique de traitements phytosanitaires et de faible diversité des variétés cultivées.

Les Facteurs sociaux et psychologiques

Ils expliquent pour beaucoup les réticences ou l’adoption avec succès de nouvelles pratiques culturales. Les auteurs mentionnent l’importance du contexte social local (existence de filière de production du même type que celui de l’agriculteur concerné, existence d’une dynamique sociale permettant les échanges entre agriculteurs et l’accompagnement personnalisé de ceux-ci) dans l’adoption durable de nouvelles pratiques agricoles, tout comme l’organisation d’une action publique pour accompagner les agriculteurs, les aider à surmonter les contraintes importante et à mener une action cohérente à l’échelle paysagère.

Conclusion 

  • Pour être adoptés durablement par l’agriculteur, les nouveaux changements techniques doivent être intégrés dans le schéma général de fonctionnement de l’exploitation et dans la logique de production de l’agriculteur, en lien avec les contraintes, les atouts et les critères personnels de l’agriculteurs.
  • Il est impératif d’associer au changement technique une dynamique sociale (impliquant les agriculteurs, mais aussi les acteurs de la filière agroalimentaire, les consommateurs et des acteurs de l’enseignement (pour la transmission des savoirs sur la protection intégrée et les impacts environnementaux des pratiques).
  • Les différents enjeux à relever pour initier un changement sont : (i) l’évolution des connaissances des agriculteurs et des acteurs de protections de la nature respectivement sur l’écologie et sur l’activité agricole ; (ii) l’évolution des valeurs des agriculteurs, des acteurs de la protection de la nature et de la conception de leur métier respectif ; (iii) l’évolution des relations entre les acteurs, des pratiques agricoles et de leur organisation au sein des exploitations.

Source : Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies (éditions Quae)

Publicités


Poster un commentaire

Rambouillet fait son patrimoine : de l’agroécologie à la Bergerie Nationale !

7ab8af776aEn ces journées européennes du patrimoine 2014, la bergerie nationale de Rambouillet a ouvert ses portes afin de présenter son histoire, ses pratiques ancestrales, ses nouvelles orientations innovantes et durables en matière de productions agricoles.

Démonstrations et visites techniques de la ferme en lien avec son environnement, activités pour les petits, découvertes des animaux de la ferme, village d’exposants présentant leurs activités autour de la biodiversité, tout était prévu pour accueillir dans la bonne humeur les visiteurs et leur faire découvrir l’agroécologie, son rôle dans la préservation des ressources naturelles et son incidence en terme de biodiversité. Quelques images pour vous illustrer cet après-midi à la campagne.

Amorcer la transition des pratiques agricoles vers un modèle durable grâce à l’agroécologie

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

L’agroécologie est une démarche née vers 1930 dans la communauté scientifique mais qui connait véritablement un essor plus général depuis les années 80. Elle cherche à développer une agriculture durable, permettant une production qualitativement et quantitativement en phase avec les besoins alimentaires tout en respectant l’environnement (source INRA). De multiples définitions, plus ou moins restrictives, existent : science de l’application de concepts et de principes de l’écologie pour la conception et la gestion de systèmes alimentaires durables (Gliessman 2007), ou étude intégrée de l’écologie du système alimentaire complet prenant en compte les dimensions écologiques, économiques, sociales, et politiques (Francis et al. 2003). Mais quelque soit la définition que l’on souhaite retenir, l’agroécologie s’appuie sur :

  • une meilleure compréhension des interactions et régulations biotiques (entre plantes et microorganismes, entre plantes et plantes, entre plante et animaux) ;
  • sur la production de systèmes de cultures innovants multifonctionnels ;
  • sur la minimisation des intrants (engrais de synthèse, pesticides).

L’agroécologie n’est pas que l’affaire des scientifiques et des chercheurs (socio-économistes, géographes, agronomes, écologues, zoologues etc.). Elle est prise en main par des mouvements environnementalistes, sociaux, politiques réunis autour de l’idée d’une agriculture durable pour un développement rural. Elle se développe aussi sur le terrain aux travers de l’application de techniques culturales issues de savoirs ancestraux.

Une video très intéressante (La diversité des approches de l’agroécologie) explique parfaitement les enjeux et les atoûts de l’agroécologie (interactions plantes-champignons, plantes-plantes, plantes-bactéries, protection intégrée et préservation des fonctions écologiques) ainsi que la diversité de ses applications (agroforesterie, polyculture-élevage, agriculture de conservation etc.)

L’agroécologie à la Bergerie Nationale

L’activité agricole de la Bergerie Nationale est composée d’élevage (60 vaches laitières, brebis romanes et mérinos, volailles) et de production végétale (céréales, fourrages) destinée à l’alimentation animale. Afin de répondre aux enjeux de l’agroécologie, différentes actions de dimensions environnementale, économique et sociale ont été mises en place :

  • Les actions environnementales : développement du mode de production biologique en élevage de volailles, valorisation des herbages (semés et non semées) par l’augmentation du temps de pâturage des bovins et ovins, entretien par le pâturage des espaces prairiaux du château de Rambouillet, réduction de l’usage des phytosanitaires, utilisation de la traction animale, conservation d’espèces animales (ovins, équins), diminution de l’allaitement artificiel, reboisement et aménagements de haies etc. ;
  • Les actions sociales : développement de la vente directe au consommateurs, valorisation des ressources territoriales etc.
  • Les actions économiques : autonomie fourragère pour l’ensemble des animaux, autonomie en concentrés et céréales, développement des circuits courts etc.

Pédagogie, circuits-courts, et métiers de l’agriculture

Ces journées du patrimoine sont un autre exemple d’action sociale : l’éducation et la sensibilisation du public (enfants, adultes) mises en oeuvre de multiples manières :

  • grâce à des visites techniques organisées sur différentes problématiques : la découverte du projet agroécologique de la ferme, la présentation de la gestion paysagère des anciennes chasses présidentielles, le rôle joué par la biodiversité et les pollinisateurs en agriculture, la reproduction des vaches laitières, la préservation de la ressource en eau, ou encore l’organisation et le fonctionnement d’un élevage de poules pondeuses ;
  • grâce à un itinéraire moins technique et libre pour découvrir la biodiversité domestique (caprins, bovins, équins, porcins, volailles et lapins) ;
  • grâce à des activités récréatives pour les plus jeunes (balades en calèches, manèges) ;
  • grâce à la promotion d’initiatives locale et nationale et un marché d’exposants ;
  • par la présentation de métiers du monde agricole (ex : berger).

La particularité de la Bergerie Nationale de Rambouillet : son troupeau de Mérinos et sa mission conservatoire

Originaire d’Afrique du Nord, cette race s’installa en Espagne au Moyen Âge suite à l’invasion mauresque et fit du Royaume d’Espagne le seul pays producteur et exportateur de laine fine jusqu’au milieu du 18ème siècle. L’Espagne détenait le monopole sur cette matière première utilisée pour les vêtements et le linge de maison. Afin de s’affranchir de cette dépendance très coûteuse, le Roi de France (Louis XVI) souhaita localiser en France la production de cette laine de haute qualité. Après de multiples essais d’acclimatation réalisés sur des individus importés d’Espagne en contrebande, un troupeau officiel de 383 animaux issus de 10 élevages espagnols renommés fit route 6 mois durant jusqu’à son arrivée le 12 octobre 1786 à la Ferme Modèle de Rambouillet. Cette race a durant tout le XIXe siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale, largement contribué dans le monde à l’amélioration des troupeaux des principaux pays producteurs de laine. Plus spécifiquement, le troupeau de Rambouillet a été, à partir du XVIIIe siècle, le grand améliorateur des troupeaux français. Il a largement contribué, entre 1850 et 1930, à la formation et à l’amélioration des troupeaux des grandes zones productrices de laine comme l’Australie, l’Amérique Latine et l’Europe de l’Est. Contrairement à l’Espagne qui a multiplié les croisements de Mérinos avec d’autres races, la France a su conserver son troupeau intact (élevage fermé dans une consanguinité strictement contrôlée). Ainsi, fort de ses 150 brebis et 25 béliers, le troupeau de Rambouillet est aujourd’hui le dernier représentant de la race mérinos dans le monde et le descendant de celui qui s’y est installé sous Louis XVI le 12 octobre 1786 : il fait aujourd’hui l’objet d’une gestion conservatoire et sert de modèle pour la gestion de la consanguinité des animaux d’élevage (observée notamment chez les bovins Prim’Holstein).

Si cet article vous a donné envie de visiter ce site historique, RDV en septembre 2015 pour les prochaines journées européennes du patrimoine ou bien lors des nombreuses manifestations organisées tout au long de l’année. Pour plus d’informations sur les produits vendus, l’activité de la bergerie et le calendrier des manifestations , cliquez ici 🙂