Biodiversité & Territoires


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L’adoption de pratiques agricoles favorables à la biodiversité ? Pourquoi ça passe … ou pas. Revue d’experts (volet 3)

Les deux premiers articles de notre revue d’experts nous ont permis de comprendre la nature des effets de l’agriculture sur la biodiversité et de montrer que la biodiversité peut avoir des effets bénéfiques sur des services écologiques utilisés par les exploitants agricoles dans le cadre de leur activité. Deux questions de taille demeurent : quelles pratiques agricoles sont à développer pour valoriser la biodiversité des agroécosystèmes ? Comment les mettre en oeuvre sur le terrain ? Deux questions complexes car pour y répondre, il s’agit de se replacer dans les réalités des exploitations agricoles et des agriculteurs et de comprendre les facteurs qui déterminent l’adoption ou non de mesures pour la protection de l’environnement.

Les Facteurs techniques

Ils portent sur les pratiques d’organisation et de gestion de l’exploitation. L’adoption de pratiques en faveur de la biodiversité peut porter sur la conduite des champs et des troupeaux et les modes de gestion des espaces interstitiels (bords de champs, ruisseaux, fossés, haies …).

  • COMMENT AGIR ?
    • par la désintensification : elle consiste en (i) une diminution de la quantité d’intrants utilisés, (ii) une diminution de capital fixe par hectare (= bâtiments, matériel), (iii) une valorisation des services des écosystèmes, savoirs et connaissances scientifiques et traditionnels.
    • par la diversification des productions : elle est permet l’acquisition de techniques supplémentaires plus diversifiées mais nécessite une réorganisation du travail. L’agriculteur ne se focalise plus sur les cultures et espèces très productives qui permettent de faire les plus fortes marges.
    • par la gestion des éléments « non productifs » (= qui ne servent pas directement à la production agricole). Elle consiste en (i) une réorganisation du parcellaire  (taille, forme, regroupement) qui doit rester compatible avec la mécanisation des opérations culturales et la taille du matériel utilisé ; (ii) une redistribution des activités au sein des parcelles, organisée selon le degré d’intervention humaine nécessaire (des pâtures proches des bâtiments mais des cultures nécessitant peu d’intervention plus éloignées).
  • ET POURQUOI NON ALORS ?
    • à l’échelle de la parcelle agricole, les agriculteurs doivent maitriser de nouvelles techniques favorables à la biodiversité, de nouveaux savoirs et faire coïncider ces changements techniques avec les objectifs et les spécificités des exploitations. Les difficultés auxquelles font face les agriculteurs sont donc une nouvelle organisation du travail (plus de temps à allouer aux nouvelles pratiques agricoles), la nécessité d’investir dans un nouvel équipement, la structuration spatiale de l’exploitation à repenser (taille des parcelles, installation de haies etc.) ;
    • à l’échelle de l’exploitation, l’organisation territoriale des activités agricoles s’en trouve changée ce qui nécessite de planifier une nouvelle organisation technique (localisation des troupeaux et des clôtures, répartitions des systèmes de cultures, des haies, des points d’eau etc.).

 

Les Facteurs économiques et la rentabilité des solutions alternatives

Les auteurs de l’expertise ont fait le constat qu’il existe aujourd’hui peu d’études faisant part de la mise en place de nouveaux systèmes de productions, conciliant préservation de la biodiversité et efficience économique des exploitations (hors production AOC et conversion en bio). Ce constat est lié à l’adoption encore trop ponctuelle des pratiques agricoles écologiques par les exploitants. En effet, les pressions actuellement exercées par les filières de l’agroalimentaires et de la Grande Distribution sur les agriculteurs les contraignent à adopter des modes de conduite intensifs de leurs cultures, pour fournir des produits en grande quantité, calibrés, sans tâches, uniformes, issues de variétés supportant le transport et à croissance rapide, ce qui maintient ceux-ci dans une logique de traitements phytosanitaires et de faible diversité des variétés cultivées.

Les Facteurs sociaux et psychologiques

Ils expliquent pour beaucoup les réticences ou l’adoption avec succès de nouvelles pratiques culturales. Les auteurs mentionnent l’importance du contexte social local (existence de filière de production du même type que celui de l’agriculteur concerné, existence d’une dynamique sociale permettant les échanges entre agriculteurs et l’accompagnement personnalisé de ceux-ci) dans l’adoption durable de nouvelles pratiques agricoles, tout comme l’organisation d’une action publique pour accompagner les agriculteurs, les aider à surmonter les contraintes importante et à mener une action cohérente à l’échelle paysagère.

Conclusion 

  • Pour être adoptés durablement par l’agriculteur, les nouveaux changements techniques doivent être intégrés dans le schéma général de fonctionnement de l’exploitation et dans la logique de production de l’agriculteur, en lien avec les contraintes, les atouts et les critères personnels de l’agriculteurs.
  • Il est impératif d’associer au changement technique une dynamique sociale (impliquant les agriculteurs, mais aussi les acteurs de la filière agroalimentaire, les consommateurs et des acteurs de l’enseignement (pour la transmission des savoirs sur la protection intégrée et les impacts environnementaux des pratiques).
  • Les différents enjeux à relever pour initier un changement sont : (i) l’évolution des connaissances des agriculteurs et des acteurs de protections de la nature respectivement sur l’écologie et sur l’activité agricole ; (ii) l’évolution des valeurs des agriculteurs, des acteurs de la protection de la nature et de la conception de leur métier respectif ; (iii) l’évolution des relations entre les acteurs, des pratiques agricoles et de leur organisation au sein des exploitations.

Source : Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies (éditions Quae)

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Avez-vous vraiment les pieds sur Terre ? … Les agriculteurs urbains Oui !

Rendez-vous sur public Sénat pour une quinzaine de minutes sur l’écologie. L’équipe de l’émission Les pieds sur Terre se penchait en ce début d’année 2014 sur le renouveau de l’agriculture urbaine en France et plus particulièrement en Ile de France. Un sujet que nous avons déjà abordé dans un article précédent à l’occasion de la tenue des Ateliers d’été de l’agriculture urbaine et de la biodiversité en juillet 2014 et du Festival de l’agriculture urbaine.

La visite débute à Paris et aborde plus ou moins succinctement plusieurs programmes d’agriculture urbaine régionaux : La boite à Champignons, Les fermes en Villes ont eu la faveur de l’équipe de Public Sénat. Mais les producteurs en Ile de France sont de plus en plus nombreux à s’engager dans une démarche de vente en circuits-courts, que ce soit de la vente directe aux consommateurs, par l’intermédiaire d’une cueillette (Les cueillettes Chapeau de Paille), dans le cadre d’une AMAP, d’une Rûche (La Rûche qui dit Oui ! ), d’une plateforme internet (monpotager.com). Les sites Manger local en Ile de France et Mon-Producteur.com vous indiqueront quelques adresses (producteurs, revendeurs, restaurateurs) engagés dans la démarche. Bien sûr, de nombreux producteurs ne sont pas référencés sur ces sites mais cela est déjà un premier pas.

Evoqués dans ce reportage, les Murs à pêches de Montreuil (93). Si vous ne connaissez pas ce lieu, jetez un coup d’oeil au blog qui lui est dédié. Il vous permettra de suivre l’effort de bénévoles et élus pour pérenniser l’activité agricole au sein d’un site patrimonial de Seine Saint-Denis qu’il est possible de visiter.

Le lien vers la vidéo : http://replay.publicsenat.fr/vod/les-pieds-sur-terre/l-agriculture-en-ville/139247


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C’est pas du suédois , ça c’est sûr !

logo-bud1Un petit article pour faire un peu de promo autour d’une entreprise qui remet le beau meuble au goût du jour. Beau d’accord, mais aussi Utile et Durable. Et c’est ça tout l’intérêt de la démarche entreprise par Raison Durable qui grâce à sa bonne idée du produire, construire et vendre locale à travers sa marque B.U.D, tente de rompre une aberration qui gouverne actuellement le monde du meuble : alors que la surface forestière française couvre près d’un tiers de son territoire (16 millions d’hectares) après près d’un siècle de croissance continue, les produits issus de l’industrie du bois stagnent depuis les années 90. La balance commerciale déficitaire de notre pays dans ce secteur s’explique par l’exportation à l’internationale de matières premières issues de l’industrie du bois et l’importation massive de produits à fortes valeurs ajoutées issus de la transformation de cette même matière première. Autrement dit : les meubles en bois (plus ou moins transformé) que nous achetons sont fabriqués à l’étranger mais à partir de bois produit en France … Y’a comme un hic non?

Et c’est là qu’entre en jeu Raison Durable. Cette entreprise est un exemple particulièrement pertinent pour qui veut illustrer ce vers quoi doit tendre le développement économique des territoires ruraux. En associant différents professionnels de la filière bois localisés près de Lyons (27) (à 14 km au maximum), Raison Durable cherche à développer un réseau collaboratif local entre les concepteurs, producteurs et acquéreurs. Le circuit court du meuble en somme. Une alternative pour les consommateurs qui en ont plus qu’assez de parcourir les entrepôts pour récupérer l’étagère B**** que tout le monde a chez soi, de San Francisco à Péking. En effet, chaque meuble de la marque B.U.D de Raison Durable est unique, en raison du bois, des marques naturelles qu’il porte (chêne naturel s’il vous plait !). Meubles de qualité, robustes, aux formes épurées ET démontables ! Un avantage certain quand vient l’heure du déménagement. Raison Durable propose tables, tabourets, lits (etc.) mais si vous souhaitez du sur-mesure, c’est aussi possible 🙂

Dernier avantage : plus besoin de traverser les multiples chambre à coucher, cuisines, et salles de bain de cette merveilleuse grande surface du meuble scandinave qui ne vous intéressent pas du tout, et de vous heurter à la foule. Vous pouvez retirer votre meuble en atelier gratuitement : ce sera l’occasion pour vous de découvrir Lyons-la-forêt, l’un des plus beaux villages de France. Mais vous pouvez aussi opter pour la livraison et le montage à domicile en camionnette (service payant). Dernier mode de livraison et non le moindre : la livraison au point relais péniche à Paris :-). Certes le prix de vente n’est pas un premier prix, mais la qualité n’est pas la même et un beau meuble comme ça, vous le garderez sans aucun doute bien longtemps ! Un investissement pour l’avenir. Qu’on se le dise, le jetable, ce n’est plus tendance 🙂

Alors sautez le pas et dîtes adieu à votre table Bhfjdlkfh !


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Rambouillet fait son patrimoine : de l’agroécologie à la Bergerie Nationale !

7ab8af776aEn ces journées européennes du patrimoine 2014, la bergerie nationale de Rambouillet a ouvert ses portes afin de présenter son histoire, ses pratiques ancestrales, ses nouvelles orientations innovantes et durables en matière de productions agricoles.

Démonstrations et visites techniques de la ferme en lien avec son environnement, activités pour les petits, découvertes des animaux de la ferme, village d’exposants présentant leurs activités autour de la biodiversité, tout était prévu pour accueillir dans la bonne humeur les visiteurs et leur faire découvrir l’agroécologie, son rôle dans la préservation des ressources naturelles et son incidence en terme de biodiversité. Quelques images pour vous illustrer cet après-midi à la campagne.

Amorcer la transition des pratiques agricoles vers un modèle durable grâce à l’agroécologie

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

L’agroécologie est une démarche née vers 1930 dans la communauté scientifique mais qui connait véritablement un essor plus général depuis les années 80. Elle cherche à développer une agriculture durable, permettant une production qualitativement et quantitativement en phase avec les besoins alimentaires tout en respectant l’environnement (source INRA). De multiples définitions, plus ou moins restrictives, existent : science de l’application de concepts et de principes de l’écologie pour la conception et la gestion de systèmes alimentaires durables (Gliessman 2007), ou étude intégrée de l’écologie du système alimentaire complet prenant en compte les dimensions écologiques, économiques, sociales, et politiques (Francis et al. 2003). Mais quelque soit la définition que l’on souhaite retenir, l’agroécologie s’appuie sur :

  • une meilleure compréhension des interactions et régulations biotiques (entre plantes et microorganismes, entre plantes et plantes, entre plante et animaux) ;
  • sur la production de systèmes de cultures innovants multifonctionnels ;
  • sur la minimisation des intrants (engrais de synthèse, pesticides).

L’agroécologie n’est pas que l’affaire des scientifiques et des chercheurs (socio-économistes, géographes, agronomes, écologues, zoologues etc.). Elle est prise en main par des mouvements environnementalistes, sociaux, politiques réunis autour de l’idée d’une agriculture durable pour un développement rural. Elle se développe aussi sur le terrain aux travers de l’application de techniques culturales issues de savoirs ancestraux.

Une video très intéressante (La diversité des approches de l’agroécologie) explique parfaitement les enjeux et les atoûts de l’agroécologie (interactions plantes-champignons, plantes-plantes, plantes-bactéries, protection intégrée et préservation des fonctions écologiques) ainsi que la diversité de ses applications (agroforesterie, polyculture-élevage, agriculture de conservation etc.)

L’agroécologie à la Bergerie Nationale

L’activité agricole de la Bergerie Nationale est composée d’élevage (60 vaches laitières, brebis romanes et mérinos, volailles) et de production végétale (céréales, fourrages) destinée à l’alimentation animale. Afin de répondre aux enjeux de l’agroécologie, différentes actions de dimensions environnementale, économique et sociale ont été mises en place :

  • Les actions environnementales : développement du mode de production biologique en élevage de volailles, valorisation des herbages (semés et non semées) par l’augmentation du temps de pâturage des bovins et ovins, entretien par le pâturage des espaces prairiaux du château de Rambouillet, réduction de l’usage des phytosanitaires, utilisation de la traction animale, conservation d’espèces animales (ovins, équins), diminution de l’allaitement artificiel, reboisement et aménagements de haies etc. ;
  • Les actions sociales : développement de la vente directe au consommateurs, valorisation des ressources territoriales etc.
  • Les actions économiques : autonomie fourragère pour l’ensemble des animaux, autonomie en concentrés et céréales, développement des circuits courts etc.

Pédagogie, circuits-courts, et métiers de l’agriculture

Ces journées du patrimoine sont un autre exemple d’action sociale : l’éducation et la sensibilisation du public (enfants, adultes) mises en oeuvre de multiples manières :

  • grâce à des visites techniques organisées sur différentes problématiques : la découverte du projet agroécologique de la ferme, la présentation de la gestion paysagère des anciennes chasses présidentielles, le rôle joué par la biodiversité et les pollinisateurs en agriculture, la reproduction des vaches laitières, la préservation de la ressource en eau, ou encore l’organisation et le fonctionnement d’un élevage de poules pondeuses ;
  • grâce à un itinéraire moins technique et libre pour découvrir la biodiversité domestique (caprins, bovins, équins, porcins, volailles et lapins) ;
  • grâce à des activités récréatives pour les plus jeunes (balades en calèches, manèges) ;
  • grâce à la promotion d’initiatives locale et nationale et un marché d’exposants ;
  • par la présentation de métiers du monde agricole (ex : berger).

La particularité de la Bergerie Nationale de Rambouillet : son troupeau de Mérinos et sa mission conservatoire

Originaire d’Afrique du Nord, cette race s’installa en Espagne au Moyen Âge suite à l’invasion mauresque et fit du Royaume d’Espagne le seul pays producteur et exportateur de laine fine jusqu’au milieu du 18ème siècle. L’Espagne détenait le monopole sur cette matière première utilisée pour les vêtements et le linge de maison. Afin de s’affranchir de cette dépendance très coûteuse, le Roi de France (Louis XVI) souhaita localiser en France la production de cette laine de haute qualité. Après de multiples essais d’acclimatation réalisés sur des individus importés d’Espagne en contrebande, un troupeau officiel de 383 animaux issus de 10 élevages espagnols renommés fit route 6 mois durant jusqu’à son arrivée le 12 octobre 1786 à la Ferme Modèle de Rambouillet. Cette race a durant tout le XIXe siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale, largement contribué dans le monde à l’amélioration des troupeaux des principaux pays producteurs de laine. Plus spécifiquement, le troupeau de Rambouillet a été, à partir du XVIIIe siècle, le grand améliorateur des troupeaux français. Il a largement contribué, entre 1850 et 1930, à la formation et à l’amélioration des troupeaux des grandes zones productrices de laine comme l’Australie, l’Amérique Latine et l’Europe de l’Est. Contrairement à l’Espagne qui a multiplié les croisements de Mérinos avec d’autres races, la France a su conserver son troupeau intact (élevage fermé dans une consanguinité strictement contrôlée). Ainsi, fort de ses 150 brebis et 25 béliers, le troupeau de Rambouillet est aujourd’hui le dernier représentant de la race mérinos dans le monde et le descendant de celui qui s’y est installé sous Louis XVI le 12 octobre 1786 : il fait aujourd’hui l’objet d’une gestion conservatoire et sert de modèle pour la gestion de la consanguinité des animaux d’élevage (observée notamment chez les bovins Prim’Holstein).

Si cet article vous a donné envie de visiter ce site historique, RDV en septembre 2015 pour les prochaines journées européennes du patrimoine ou bien lors des nombreuses manifestations organisées tout au long de l’année. Pour plus d’informations sur les produits vendus, l’activité de la bergerie et le calendrier des manifestations , cliquez ici 🙂


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La biodiversité dans les espaces agricoles. Quels bénéfices ? Revue d’experts (volet 2)

Après avoir passé en revue les effets de lAgriculture et biodiversitéagriculture sur la biodiversité, voici venu le temps de vous présenter les effets que la biodiversité a sur l’agriculture, les différents bénéfices qu’elle apporte et qu’il conviendrait d’exploiter afin que le modèle agricole actuel mute vers un modèle environnementalement responsable et durable. On parle de service écologique. Cette article s’appuie, comme dans le cas de notre précédent article sur le travail d’experts paru en 2012 aux éditions Quae et intitulé Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies. Lire la suite


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Quels sont les effets de l’agriculture sur la biodiversité ? Revue d’experts (volet 1)

La parution en 2012 de l’ouvrage Agriculture et Biodiversité. Valoriser les synergies (Editions Quae) rend compte de l’expertise scientifique collective réalisée par un groupe pluridisciplinaire de spécialistes (écologues, agronomes, microbiologistes, spécialistes de la santé végétale, économistes, juristes, sociologues) de différentes institutions (Inra, CNRS, IRD, universités, écoles supérieures agronomiques) en France et à l’étranger. 570 articles scientifiques ont été analysés pour produire cette analyse. Nous en avons parcouru les 178 pages. L’occasion aujourd’hui de vous proposer un premier coup d’oeil sur l’une des problématiques abordées : les effets de l’agriculture sur la biodiversité.

Agriculture et biodiversité

Pourquoi l’agriculture est un facteur structurant fortement la biodiversité des territoires ?

Tout simplement car les zones agricoles représentent 60% de la superficie de notre territoire national ! La plupart de nos régions sont caractérisées par des problématiques agricoles fortes, symboles de leurs identités respectives. Côtes du Rhône dans le Sud-Est, Vergers de mirabelliers et de Questches en Alsace-Lorraine, le comté en Franche-Comté et le Roquefort en Aveyron, nos campagnes (et bientôt nos villes grâce à l’essor de l’agriculture urbaine) sont productrices de tous les produits de terroirs mais pas seulement : sylviculture, production de fibres végétales (chanvre, lin etc.). Ces pratiques ancestrales et contemporaines impactent sans aucun doute l’organisation spatiale de nos territoires régionaux mais également leur dynamisme économique.

De quelle biodiversité parle-t-on ?

Vous avez sans doute entendu parler de l’érosion de la biodiversité à travers le monde. La sonnette d’alarme a été tirée il y a bien longtemps en utilisant comme symboles des espèces emblématiques, fortement menacées (rhinocéros blanc, éléphant, orang-outan, et le non moins célèbre panda), bénéficiant d’un fort potentiel « sympathie » auprès du public (et heureusement d’ailleurs, car que seraient-elles devenues sans ça, compte-tenu des menaces qui pèsent encore sur elles et leurs milieux de vie 😦 ). Pas d’orang-outan ici (quoi que … car en Indonésie, c’est bien la destruction de sa forêt et la production d’huile de palme qui menace sa survie). En tout cas pas d’espèces particulièrement emblématiques. La biodiversité dont nous parlons, c’est celle de nos campagnes, la biodiversité ordinaire, de bords de champs, des lisières et des prairies pâturées. Mais également celle des parcelles cultivées et des élevages. Les espèces domestiquées ne sont pas oubliées :-).

 

Pourquoi s’intéresser aux milieux cultivés ?

Les gestions liées à l’activité agricole ont façonné nos territoires depuis des siècles (plus de 2000 ans pour certains). De nombreuses espèces se sont adaptées à ces paysages. Il résulte que ceux-ci présentent une diversité d’espèces comparable à celle des habitats naturels. Ces « gros morceaux » de territoire que représentent les champs, vergers, domaines viticoles, forêts et pâtures offrent les conditions environnementales dont certaines espèces en déclin ont besoin pour persister. L’exemple donné par cette expertise est éloquent : en Allemagne, 75 % des espèces en danger sont dans des zones gérées par l’agriculture et la sylviculture. Pour certaines espèces, ces habitats gérés sont devenus des zones « refuge » suite à la destruction de leur habitat naturel (cf urbanisation des territoires). L’influence de l’agriculture sur la biodiversité, que se soit en termes d’équilibre entre les milieux naturels et gérés, ou bien de la qualité des milieux gérés par l’agriculture est donc mesurable et à mesurer !

Quels sont les impacts des pratiques agricoles à l’échelle des parcelles ?

Le groupe d’experts conclut que l’intensification et la simplification des pratiques agricoles (labour, usage des pesticides et des fertilisants, pâturage …) a des conséquences négatives sur la biodiversité : diminution du nombre d’espèces, généralisation des espèces « banales », et modification de leurs caractéristiques fonctionnelles. En revanche, l’application d’une gestion modérée peut favoriser la biodiversité.

  • pour les cultures annuelles : les impacts sont liés à des pratiques qui agissent directement ou indirectement sur la biodiversité (i) en modifiant le milieu (par un labour profond et répété et par l’emploi de fertilisants minéraux), et (ii) en modifiant la biocénose (cad les êtres vivants, par l’emploi de pesticides pour détruire les bioagresseurs). L’ensemble de ces pratiques diminue le nombre d’espèces observées sur les parcelles. Le labour réduit également leur abondance dans le milieu. Seules les espèces très adaptées à cette gestion survivent dans le sol et peuvent germer (plantes adventices). La macrofaune (vers de terre etc.) est d’autant plus affectée par cette pratique que le labour est profond. Les réseaux trophiques  s’en trouvent modifiés ce qui change donc également la composition des communautés des autres espèces du sol. Il est admis par la communauté scientifique que les pesticides (herbicides, fongicides, insecticides) sont aussi l’uns des responsables majeurs du déclin de la biodiversité dans les agro-écosystèmes des pays industrialisés : ils affectent de manière non sélective et directement la faune du sol (vers de terre, athropodes du sol, mollusques) et les plantes (espèces messicoles) au sein des parcelles et mais aussi dans les bords de champs. Des effets sont aussi connus les oiseaux et les amphibiens.  Les populations résistantes à ces phytosanitaires se développent et favorisent également l’apparition de ravageurs et pathogènes résistants à ces mêmes traitements. La fertilisation a entrainé la disparition d’espèces adaptées aux milieux pauvres en nutriments, le remplacement d’espèces spécialistes par des espèces généralistes, la modification des chaines trophiques et l’appauvrissement des communautés d’organismes du sol. D’autres gestions impactent la biodiversité des parcelles cultivées : les rotations et la maitrise de l’eau. Les effets des rotations sont surtout observés sur le contrôle des bioagresseurs : en perturbant le cycle de développement de ceux-ci, ils permettent de réduire l’usage des pesticides avec des effets positifs sur la biodiversité. Le drainage de l’eau a des effets négatifs sur les espèces inféodées aux conditions humides. L’irrigation, elle, diminue la diversité végétale bien qu’elle soit favorable à la faune du sol.
  • pour les cultures pérennes (sylviculture, arboriculture) : c’est l’usage répété de phytosanitaires non sélectifs (contre les bioagresseurs des espèces cultivées) qui affecte principalement la biodiversité de ces systèmes. Les effets directs sont la mortalité et la baisse de fécondité sur les organismes cibles (arthropodes ravageurs) mais également sur d’autres espèces présentes dans les vergers (petits mammifères, oiseaux, arthropodes …), l’altération de la structure des communautés d’auxilliaires des vergers impliqués dans la régulation naturelle de ravageurs. Les effets indirects sont la suppression de biomasse et de ressources pour de nombreuses espèces altérant les chaînes trophiques pour ces mêmes organismes.
  • pour les prairies permanentes (couverts végétaux plurispécifiques pérennes ou pluriannuels) : les impacts sont principalement liés aux modes de pâturage et aux pratiques de fauche et de fertilisation. Seul le pâturage modéré a des effets positifs sur la biodiversité. Il (i) augmente le richesse spécifique des plantes et l’abondance et la diversité fonctionnelle d’organismes du sol (vers de terre, nématodes, amibes, champignons mycorhizogènes …), (ii) augmente la richesse des communautés végétales lorsque ce pâturage est pratiqué par plusieurs espèces différentes, et (iii) sélectionne modérément des plantes à durée de vie courte, à croissance rapide et résistantes au piétinement. En revanche, un pâturage de forte intensité (i) diminue la richesse spécifique (nombre d’espèces) chez les végétaux, les arthropodes, les petits mammifères et la faune du sol, (ii) augmente la richesse spécifique de certains oiseaux mais en en diminuant les abondances, (iii) diminue la diversité fonctionnelle de la microfaune du sol, (iv) sur-sélectionne des plantes à durée de vie courte, à croissance rapide et résistantes au piétinement. Quand au pâturage de faible intensité, il diminue la richesse spécifique des plantes. La fertilisation permet une augmentation de la production de biomasse et l’abondance de chaque espèce mais diminue le nombre d’espèces observées chez les plantes et les microorganismes du sol et favorise les espèces de grandes taille à forte capacité de croissance. Pour finir la fauche, la fertilisation et le pâturage diminuent la disponibilité de sites pour la reproduction des oiseaux et des difficultés pour leur approvisionnement.

Quels sont les impacts des pratiques agricoles à l’échelle des paysages ?

Les pratiques agricoles ont, à travers l’Histoire, profondément changé l’hétérogénéité les paysages tout en les fragmentant. En cause : le changement d’utilisation des terres vers une moindre diversité des cultures dans le temps et l’espace, l’intensification des pratiques et la synchronisation des dates de fauche et de récolte, la déprise agricole et l’augmentation de la taille des parcelles liée au remembrement.

  • L’hétérogénéité qui regroupe la quantité d’éléments semi-naturels dans le paysage (bois, prairies non intensives, bords de champs, haies), leur bonne santé, leur diversité ainsi que celle des couverts cultivés, s’est trouvée réduite. Les conséquences sur la biodiversité lié à ce facteur sont (i) une baisse de la biodiversité (nombre d’espèces et abondance) pour la plupart des groupes d’animaux et des plantes, (ii) la présence de zones non-cultivées (ex : prairies) jouant un rôle d’habitat, de corridor ou encore de refuge pour de nombreuses espèces. Si l’on augmente leur proportion dans ces paysages, la biodiversité augmente, pour les oiseaux, les vers de terre ou encore pour la microfaune du sol par exemple ; (iii) des réponses différentes selon les groupes d’espèces. Ainsi, les espèces spécialistes sont toujours plus sensibles que les espèces généralistes car elles sont plus fortement tributaires d’un habitat et d’un faible nombre de ressources, l’homogénéisation des paysages défavorise les espèces rares et favorise les espèces communes (on parle de banalisation des espèces) et les ravageurs, la mobilité, la taille, le domaine vitale ou de la capacité de dispersion d’une espèce déterminent aussi sa réponse : la structure du paysage impacte donc plus les vertébrés et les arthropodes épigés (hors du sol) que les plantes, les microorganismes et la faune du sol. Enfin, les espèces ravageuses sont favorisées au détriment des espèces auxiliaires.
  • La fragmentation – se manifestant par la baisse du nombre d’habitats favorables aux espèces, leur organisation en patchs, la diminution de la taille de ces patchs et l’accroissement de leur isolement – a un effet négatif sur la biodiversité. On observe (i) une diminution du nombre d’espèces pour la plupart des espèces, même chez les espèces peu mobiles (petite faune du sol, plantes), (ii) une sensibilité accrue pour certaines espèces : comme précédemment les espèces spécialistes sont plus altérées que les espèces généralistes.

 

Des pistes pour préserver, restaurer et utiliser la biodiversité des agro-écosystèmes ?

Les connaissances scientifiques proposent aujourd’hui à la lecture de ces résultats, des alternatives afin de limiter ces impacts et faire évoluer les pratiques sans mettre de côté des objectifs de production soutenables (cf agroécologie).

  • Maintenir la qualité des éléments semi-naturels (haies, bords de champs) et rétablir leur connectivité par l’aménagement de nouveaux éléments (zones enherbées pérennes, haies, arbres, bosquets, mares …) ;
  • Réduire les pratiques intensives (pesticides, fertilisation, labour …) ;
  • Mettre en oeuvre des rotations longues et diversifiées ainsi qu’une répartition ad hoc des cultures sur le territoire ;
  • Introduire des parcelles cultivées pour rompre l’homogénéité paysagère dans les zones dominées par les élevages intensifs sur prairies ;
  • Maintenir une gestion agricole dans les zones de déprise agricole (moyenne montagne) ;
  • Permettre la conversion à l’agriculture biologique.

Afin de compléter cette analyse, nous vous présenterons très bientôt le travail de synthèse de cette même équipe d’experts sur les services rendus par la biodiversité aux espaces agricoles et l’approche technico-économique des pratiques agricoles favorables à la biodiversité. Ces analyses devront permettre de définir dans quelles mesures (bénéfices, conditions de réalisation) il est aujourd’hui possible de revoir le modèle de production agricole en y intégrer la biodiversité.

 


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Devenez « Ageekculteur en trois coups de carotte magique ! »

Paniers de légumesC’est l’autre « slogan » plein d’humour de l’équipe de monpotager.com avec « Vous cliquez … je cultive ».

Expliquons le principe car, a priori, Geekattitude et culture de la pomme de terre n’ont pas grand-chose à voir ensemble.

Etape 1 : Les amoureux des bons produits qui n’ont pas le temps et/ou le jardin pour créer et entretenir un potager digne de ce nom s’inscrivent sur le site monpotager.com et créent un potager virtuel  (prix variable en fonction du potager évidemment !). Ce potager virtuel, c’est le moyen pour l’abonné de choisir les légumes et fruits qu’ il souhaite voir pousser sur sa parcelle et donc consommer – afin que son potager virtuel corresponde à ses besoins, l’équipe de monpotager.com propose des forfaits type (solo, duo, trio et famille nombreuse) pour le guider dans les tailles de parcelles (de 15m2 à 150m2). Le potager virtuel a un cycle de vie annuel et donc l’abonné s’engage pour une année.

Etape 2 : Une fois la parcelle définie, l’abonné choisit lui-même via son potager virtuel les légumes et fruits qui seront cultivés sur sa parcelle (dans la limite des choix proposés) : des fiches conseils sont fournies par monpotager.com pour aider l’abonné à mieux faire son choix et avoir ainsi des légumes et fruits tout au long de l’année (chaque parcelle est divisée en trois parties : une partie destinée à la culture des légumes d’été, une autre à celle des légumes d’hiver et la troisième aux fruits)

Etape 3 : Un peu d’attente, le temps que les légumes soient prêts à être cueillis mais c’est aussi le moment pour l’ageekculteur de voir ses plantations pousser et d’apprendre des choses sur les légumes qu’il consomme grâce à l’agriculteur qui s’en occupe via monpotager.com.

Etape 4 : Après la livraison, c’est le moment de cuisiner et de déguster !

Mon avis : Je dis un grand OUI à cette initiative qui développe encore davantage les circuits courts et qui montre que c’est dans la diversité des systèmes de vente (achat en ferme, cueillette, AMAP etc.) adaptés aux problématiques des consommateurs que réside leur succès. monpotager.com, c’est aussi une alternative aux AMAP qui sont souvent saturées, et à la « Ruche qui dit Oui » qui malheureusement ne peut pas être partout même si son développement est croissant.

Les plus : Tout d’abord, la gestion à distance d’un potager rend l’initiative ludique pour tous ceux qui souhaitent se sentir davantage acteurs de la production des légumes/fruits (de saison !) qu’ils consomment. De plus, les producteurs s’engagent dans une démarche de Production Biologique Intégrée, respectueuse de l’environnement et favorable aux auxiliaires des cultures et aux espèces compagnes (cf biodiversité 🙂 ). Enfin, comme dans toutes les démarches de circuits courts, monpotager.com favorise le lien social, dynamise et valorise les territoires ruraux ainsi que le bon-sens paysan.

Le tout petit moins : A l’heure actuelle, seuls 7 départements d’Ile de France (75, 92, 93, 94, 78, 77, 91) et un département en province (69) peuvent-être livrés, probablement en raison de la distribution des exploitations maraichères. Mais surveillez bien l’évolution de monpotager.com car c’est sans aucun doute que d’autres métropoles de province pourront (on l’espère !) bénéficier de ses services. Mention n’est pas faite sur le site internet des variétés cultivées (par exemple : choix d’espèces anciennes et/ou peu cultivées). Trouve-t-on uniquement des variétés courantes à haute valeur agronomique ? A vous de nous faire partager votre expérience !